La Ministre qui monte les blancs en neige

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23 juillet 2017 par lesactualiteshistoriques

Puisque la mode est au portrait hagiographique n'ayant plus qu'un lointain rapport avec l'actualité, je me suis dit qu' on pouvait tout aussi bien inventer un nouveau Ministre de l'Education Nationale non? Un peu comme dans le Consortium de Falsification du Réel des romans d'Antoine Bello…
Dons sans lyrisme aucun, à la mode de la Pravda française, j'écrirais ça 😉

"En classe, il faut souvent savoir perdre du temps pour en gagner. Un peu comme en cuisine." C'est ainsi que m'accueille Charlotte Lehrvoll dans les appartements du Ministère où elle est attelée à la préparation du repas d'anniversaire de son fils de 12 ans. " Je préfère cuisiner que gérer les devoirs, je laisse ce pensum à mon conjoint!"
Au menu ce soir: Houmous, falafels et pavlova. "On est international à la maison" explique cette quarantenaire franco-allemande pour justifier cette alliance culinaire peu orthodoxe. Rien de tel que cuisiner pour faire connaissance. C'est ainsi qu'on se retrouve à faire réduire des fruits rouges à la casserole pendant que là numéro 2 du gouvernement monte – à la main -des blancs en neige. "J'aime la cuisine, c'est l'art du temps , de l'improvisation à partir des classiques. C'est tout à la fois un travail d'artiste et une tâche artisanale. Un peu comme le métier d'enseignant. "
Elle sait de quoi elle parle, cette agrégée de mathématiques qui a enseigné dix ans en zone d'éducation prioritaire tout en travaillant de front à son doctorat d'histoire des Sciences sur la féminisation des mathématiques au XXe siècle. Passée un temps par le monde de l'éducation populaire, elle est ensuite devenue formatrice d'enseignants avant de faire une pause, l'an passé, pour justement prendre le temps….
Mais elle a été rattrapée par la vitesse du monde politique. Cette nouvelle présidente, Emmanuelle Maqro, qui veut mettre en œuvre le renouvellement et la bienveillance dans l'espace publique l'a appelée le soir de son élection pour lui demander d'accepter le poste, qui est désormais -promesse de campagne oblige – fixe pour toute la durée du quinquennat. Parce que l'Education a besoin de temps long.
Et tant pis pour toujours ceux qui voyaient déjà l'épouse de la Présidente, ancienne prof de lettres et de théâtre, occuper la fonction dans l'ombre. Charlotte Lehrvoll a donc les mains libres et un soutien politique total pour diriger la politique éducative française. Mais pour faire quoi?
Ses détracteurs – et ils sont nombreux – se sont déjà fendus de plusieurs tribunes pour lui prêter des intentions bien malveillantes, incarnées pour eux par les mots pédagogisme, égalitarisme, laxisme…
Mais Charlotte Lehrvoll n'en a cure. Des Onfray, Finkelkraut et consorts, elle dit avec malice: "Je lirais avec intérêt leurs tribunes sur l'école quand ils auront été enseigner un an en primaire ou dans le secondaire. En attendant, s'ils se prétendent des intellectuels, qu'ils s'engagent dans leur champ d'études et laissent aux praticiens le soin de débattre des pratiques."
Si sa nomination a suscité autant de remous, c'est avant tout à cause de sa participation à l'ouvrage collectif Éduquer et émanciper: pour une école réellement démocratique. Cet essai met en exergue trois principes qui cristallisent les oppositions. L'équité tout d'abord: l'Ecole doit donner à chacun selon ses besoins, ce qui implique de revoir en profondeur l'allocation des moyens humains, financiers et matériels sur tout le territoire et à toutes les échelles. Une proposition a clairement mis le feu aux poudres: la fin du financement public de l'école privée. Fille de protestants alsaciens, élevée en Bretagne, Charlotte Lehrvoll se défend de toute guerre idéologique anticléricale. Elle souligne que les moyens finançant des expérimentations intéressantes dans l'enseignement privé le plus souvent confessionnel répondent à des besoins que l'école publique serait à même de satisfaire avec les mêmes moyens, en respectant par ailleurs l'article 1 de la Constitution.
Le plaisir ensuite. De son prédécesseur qui plaidait justement pour la confiance et l'épanouissement, elle ne dira mot. Mais elle rappellera que ni l'un, ni l'autre ne se décrètent. Façon polie de signifier ses désaccords. De ses années d'enseignement, elle dit avoir appris que sans plaisir d'enseigner, il n'y a pas de plaisir d'apprendre et inversement. Que sans plaisir des parents de venir à l'école, il y a peu de chances de développer le plaisir des enfants. Qu'il faut que l'Ecole développe le plaisir de faire-ensemble et permette à chaque acteur de la communauté éducative de passer constamment du "je" au "nous" et du "nous" au "je".
Tout ca ne se fera pas en quelque mois. Le temps, voilà le troisième point et le point cardinal. "Chaque éducateur sait combien un enfant a besoin de temps pour apprendre. Le temps, c'est la stabilité, la régularité, la sécurité. Le temps permet la curiosité. Mais l'Education nationale fait comme si cela était secondaire pour ses élèves et leurs parents, ses enseignants. Elle traite la question des temps avec une grande désinvolture." Et la Ministre de conclure : " Si nous ne sommes pas à la fois exemplaire et humbles sur cette question, comment voulez vous faire avancer le reste ?"
Humilité et exemplarité, voilà des mots qu'on a peu entendu dans la bouche d'un Ministre. Mais si elle veut réconcilier l'Ecole avec la société , elle en aura bien besoin. Car si les ingrédients sont connus, il reste 5 ans à Charlotte Lehrvoll pour élaborer une recette originale, qui plaise à tous les palais.

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