Passer notre école à la machine

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12 octobre 2016 par lesactualiteshistoriques

Merci @Chouyo pour le titre !

 » Non mais de toute façon, on a réglé le problème, on leur a interdit de venir en survêtement »

 » Moi je suis pour le port de l’uniforme, surtout pour ces élèves là »

Ça fait plusieurs mois que cette petite musique résonne dans les couloirs de ma salle des profs. La rengaine du survêtement. Cet objet vestimentaire non-identifié rendu coupable de beaucoup de maux ou en tout cas, symbole de la violation du sacré scolaire pour beaucoup de collègues. 

Que lui reproche-t-on à ce vêtement ? Au premier chef, de ne pas être une tenue scolaire appropriée. À quoi? Au respect de l’institution et de l’enseignant, aux apprentissages. Le survêtement serait le signe de la désacralisation de la chose scolaire. Quand on creuse un peu, on s’aperçoit que le survêtement apparaît aussi pour ceux qui en demandent l’interdiction comme la face émergée d’un iceberg immense, qui s’appellerait laisser-aller, désinvolture, désintérêt voire jmenfoutisme. Et puis, en poursuivant la discussion, apparaissent les mots quartiers, identité et cette phrase : »Avec leurs survêtements, tous là, ils apportent les bandes et le quartier avec eux « . Loin de moi l’idée de vouloir nier la difficulté à gérer certains publics scolaires, surtout quand ils sont relégués à 35 dans des filières professionnelles qu’ils n’ont pas choisi. Mais quand même, interdire le survêtement, ça ne revient pas un peu à « Cachez ce sein que je ne saurais voir »?

Parce que quand même, dans mon observation empirique, j’ai l’impression que si les porteurs dudit jogging étaient blancs, grands et musclés, parlaient un langage châtié et absent de toute intonation, ça passerait beaucoup mieux. Florent Manaudou en survêtement, on n’aurait beaucoup moins de choses à lui reprocher que Paul Pogba quoi…On me soutient que non, tout élève en survêtement dérange et je le crois volontiers. Ce qui m’interroge, c’est la valeur de conformisme véhiculée par un tel discours et l’inconscient des représentations raciales et sociales derrière, dont nous sommes tous, plus ou moins prisonniers ou à tout le moins par lequel nous sommes tous influencés

Personnellement, je ne trouve effectivement pas que ce soit la tenue la plus élégante. Mais à vrai dire, l’élégance des élèves, je m’en contrefiche. Leur attitude par contre, non. Le chewing-gum m’horripile, tous comme les élèves avachis ou qui ne disent pas bonjour, et au sommet, ceux qui n’enlèvent pas leur manteau en classe. Parce que ces attitudes là, elles m’empêchent de tisser un lien avec les élèves et par là de faire cours correctement. Alors je me bats, avec certains toute l’année, pour les faire évoluer. Je n’y arrive pas toujours mais que voulez vous, c’est comme ça, je ne peux pas lutter à moi toute seule contre les identités assignées, la segrégation socio-spatiale et la volonté d’affirmation des adolescents au sein d’un groupe. Je peux les faire réfléchir sur tout ça par contre dans l’espoir de semer chez eux quelques questionnements. 

On me rétorquera :  » c’est bien beau ta philosophie mais l’école doit les préparer au monde du travail. Et en entreprise, ils ne pourront pas se permettre de venir en jogging ». Certes mais de quel monde du travail parle-t-on? Car les codes vestimentaires diffèrent fortement d’une profession à une autre, d’un lieu à un autre. Et encore une fois, moi un vendeur, je veux qu’il soit avenant, efficace, ce qu’il porte, du moment que c’est propre et bien assorti, je m’en fiche un peu. Les apparences ne comptent que pour ceux qui y accordent une valeur démesurée. 

Nous passons notre temps à dire que l’école doit enseigner l’esprit critique mais dans le même temps, nous demandons aux élèves de constamment se conformer à un modèle qui n’a pas été validé démocratiquement par l’ensemble de la communauté éducative (quoiqu’on en dise sur la démocratie scolaire) de 2016 mais qui perpétue l’héritage d’une école d’un autre temps. S’il faut bien définir des principes de vie commune, il faut peut-être d’abord discuter de celle-ci: l’école du XXIe siècle doit-elle apprendre aux enfants à se conformer? Et à quelles codes ? Ceux bourgeois, du XIXe siècle? Et pourquoi donc? Qui l’a décidé? 

Moi en tout cas, j’ai décidé: passer notre école à la machine blanche et bourgeoise dominante, non merci très peu pour moi. 

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