Je me souviens de 2001

Poster un commentaire

11 septembre 2016 par lesactualiteshistoriques

Le 11/09/2001, je démarrais ma vie d’étudiante à Rennes. Je n’avais pas encore le permis alors on était partie dans la 405 rouge avec ma soeur et mes affaires, pour m’installer dans mon petit studio d’étudiante.
Et puis ces deux garçons qui sortent du café en haut de la rue, en se disant « C’est la troisième guerre mondiale ». On rentre dans la café, celui d’avant que le quartier ne se gentrifie doucement, la télé est allumée et on découvre la catastrophe. Elle a une résonance particulière pour deux raisons: parce que j’étais à NY à peine 2 mois avant et parce que les gens chez qui on loge ce soir-là ont leur fille aînée à la maison, de passage alors qu’elle est en stage à NY depuis quelques mois. On passera la soirée les yeux rivés sur la télé, avec le téléphone qui sonne constamment, les amis venant aux nouvelles pour savoir si elle va bien et elle essayant de joindre ses amis là-bas.

Tout le monde se souvient d’où il se trouvait le 11 septembre 2001. C’est un jeu un peu morbide auquel on jouait souvent dans les diners: « Et toi, comment tu l’as appris? » . Pour nous qui venions d’avoir 20 ans, c’était notre événement fondateur en négatif, le pendant du 12 juillet 1998. Nous étions trop jeunes pour avoir bien saisi ce qui se jouait le 9 novembre 1989, le 2 aout 1990 ou ou génocide rwandais. Et puis nous ne l’avions pas ou peu vu en direct à la télé.

Le 11/09/2001, paradoxalement, je ne me souviens pas avoir eu peur. J’ai pensé, comme beaucoup de mes camarades d’alors je crois, que cet événement allait nous contraindre à changer. A changer notre politique au Moyen-Orient. A changer notre regard sur les populations qui y vivent ou qui en sont issues. Naïveté ou espérance de la jeunesse, je ne sais pas et je m’en fiche. Toujours est-il que j’y voyais une occasion d’agir. 

Et puis est venu le 21 avril 2002. Deuxième choc dans la même année étudiante. Là aussi, tout le monde peut dire où il se trouvait, ce qu’il faisait. Là aussi j’ai cru que cet événement allait nous contraindre à changer. Que le monde politique allait enfin se rajeunir, se féminiser, donner la parole à tous, créer de nouvelles façons d’agir…

Je me suis dit que j’avais un rôle à jouer dans ce changement. Et pour moi ce rôle passait principalement par l’éducation, non pas pour créer des petits citoyens nouveaux mais pour donner à chacun des armes intellectuelles pour comprendre et agir sur le monde. Alors j’ai choisi d’enseigner. J’ai choisi d’agir à ma toute petite échelle, parce que je ne me sentais ni légitime, ni compétente pour le faire ailleurs. Et que je déteste brasser du vide. 

Et puis le 7 janvier 2015. Et puis le 13 novembre 2015. Depuis comme toute la société française, je doute. Je me demande à quoi ça sert, à quoi je sers. Je vois se développer la méfiance de chacun envers tous, la cynisme ou le désintérêt, je vois un système qui met en avant les plus bas-instincts plutôt que de chercher collectivement à nous élever, à nous aimer ou à défaut, à nous respecter. Et je me demande quel est mon rôle dans tout ça. Et franchement, je ne suis plus sûre de savoir. Alors je me raccroche à ce que je crois savoir faire de mieux, mais est-ce suffisant?

Le 11/09/2001 sont nés des enfants qui sont aujourd’hui mes élèves. Ils n’ont pas connu de 12 juillet 1998 et la joie d’avoir été en finale de l’Euro cette année aura vite été ternie par les horreurs de l’été. Eux et moi, nous n’avons pas du tout la même vision du 11 septembre, ni même des 15 dernières annés. Parce que pour eux, le spectacle télévisuel de l’horreur, la mise en scène de la terreur n’est pas une nouveauté mais une banalité. Parce que pour eux, comme me l’avait dit un élève le 8 janvier, le terrorisme, c’est forcément religieux. Parce que pour eux, il n’y a pas beaucoup de discours positifs ou encourageants sur l’état de la planète. C’est la génération « développement durable », celle à qui on a seriné les oreilles qu’on allait tous crever du réchauffement climatique alors qu’ils sont certainement plus écolos que leurs parents et grand-parents. C’est la génération « valeurs de la République » alors qu’ils sont certainement ceux qui les ont vues bien bafouées par l’état d’urgence, les violences policières, la montée des inégalités ou du racisme. 

Il va falloir qu’il arrive très vite, le temps de l’espérance. Parce que 15 ans, ça commence à faire long…

Publicités

Commenter ce post

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :