Le retour

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30 août 2016 par lesactualiteshistoriques

Texte écrit à 4 mains, j’ai écrit le début et la fin

Il est rentré. Des heures de train, des heures de car, encore quelques kilomètres à pied mais le voilà, il est rentré. Il se tient là, au seuil de la porte, avec sa valise en voie de désagrégation et sa vareuse militaire en laine, bien trop chaude pour un mois de juillet. Sur le chemin, il n’a croisé personne. Il se tient là, au seuil de la porte, sans angoisses ni questions. Il savoure. Il savoure la fraîcheur des abricots, cueillis sur l’arbre à l’entrée de la maison. Il savoure les odeurs de pin et de terres marées à la brise marine, après le froid, l’odeur de l’essence, de l’alcool à bruler. Il savoure la douceur de ce moment qui n’appartient qu’à lui, avant les questions, les angoisses refoulées, les cris de joie, les pleurs, cet ouragan bien connu que déclenchent les retours inespérés.

Lui revient alors en mémoire un souvenir particulier, quelque peu insolite? Pourquoi celui-là ? Dans le réfectoire de l’école communale, ils s’étaient jurés « croix de bois, croix de fer… » qu’ils ne quitteraient jamais le village, qu’ils seraient tous paysan, boulanger ou forgeron, qu’ils trouveraient chaud promise à son goût et que de joyeuses bandes d’enfants parcourraient les chemins comme ils le faisaient encore chaque soir. Mais un soir de juillet, quelques années plus tard, le tocsin avait sonné, les avaient embarqués dans ce train vers l’Est. peu d’entre eux étaient revenus. Et aujourd’hui, il se demande ce qu’il va trouver, comment sera-t-il accueilli? Jeanne est-elle encore vaillante? Comment a-t-elle pu assumer les travaux de la ferme? Et si Marcel était venu à bout de la construction de la maison?

Il se demande s’il ne ferait pas mieux de faire le tour du village d’abord, histoire de savourer ces instants encore un peu, le temps de laisser les tranchées et leur boue s’éloigner. Il a peur aussi. Il sait qu’il a changé. C’est pas humain la guerre. Comment vont-ils regarder sa main absente? Va-t-il pouvoir supporter tout cela? Et puis, comment la forge va-t-elle tourner sans sa main qui tient le marteau?

Au fond, il entend des rires, une voix de petite fille qui chante une comptine qu’il connaît bien: « Trotte, trotte ma jument, vole tu as des ailes… » La comptine se rapproche, la petite fille se tient là, à côté de l’abricotier. Elle lève les yeux de ses chaussures qui jouent avec les cailloux. Un grand sourire se dessine sur son visage. elle se dit que sa petite prière du soir « Faites qu’il vive » n’aura pas été inutile et court à sa rencontre, malgré la chaleur de l’été. Elle lui saute dans le bras.

Et s’il sait que rien ne sera plus jamais comme avant, que comme lui a dit un soldat anglais « this is cap », il s’en fiche. Il savoure juste cet instant.

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