Comment et pourquoi je suis devenue prof? (et vais-je le rester??)

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27 janvier 2016 par lesactualiteshistoriques

Ce billet est d’abord une réponse à une ancienne élève, qui se reconnaîtra 🙂 Elle a attendu longtemps que je lui réponde, qu’elle m’en excuse mais ses interrogations ont trouvé, à ce moment précis, une forte résonance en moi et il m’a fallu un peu de temps pour pouvoir formuler une réponse. 

Comment avez-vous su que le métier de prof était fait pour vous ? 

Vaste question…Pour y répondre de façon brève, je crois que j’ai toujours voulu faire un métier où j’aiderais les autres. Où je me mettrais à leur service. Et où j’aurais le sentiment de contribuer à changer le monde. Ca laisse une vaste palette de choix mais je crois que c’est quand même le principal déterminant de mon orientation. Rétrospectivement, je crois que je voulais faire un métier avec une forte dimension politique, au sens d’ « engagé dans la cité ». 

Ce désir a pris plusieurs formes: j’ai d’abord voulu être médecin, puis diplomate, puis conservatrice de bibliothèques ou responsable d’un secteur culturel. Et ce n’est finalement qu’après une phase de longue maturation, en 4e année à Sciences Po, que j’ai arrêté mon choix. Je suis revenue à mon intuition première, celle de 4e, et je me suis dit que là où je serais le plus à ma place c’est en transmettant un certain nombre de choses et en aidant ceux qui n’avaient pas eu la chance ou l’opportunité de découvrir ces choses. Ces autres, ce ne pouvait être que des adolescents. Parce que j’adore les êtres humains à cette période de la vie. Et aussi, un peu orgueilleusement, parce que je pensais réussir à faire mieux qu’un certain nombre de profs que j’ai eu en classe et avec lesquels je me suis royalement ennuyée. Je crois qu’il ne faut pas nier la dimension théâtrale de notre métier et personnellement, c’est cela aussi -je crois- qui m’a attiré.
Pourquoi l’histoire?

Pour moi c’était une évidence (la géographie, beaucoup moins hein…). J’ai toujours adoré cette discipline, quand elle me permettait de comprendre le monde qui m’entourait. Mes profs d’histoire sont les rares dont je me souvienne dans ma scolarité (avec les profs d’allemand ;-). J’ai lu beaucoup de romans historiques, regardé des tas de films historiques, j’adorais visiter des châteaux, aller dans des musées. Bref , j’adore qu’on me raconte des histoires, j’adore en raconter. Pourquoi? Bonne question…Je crois qu’in fine, c’est encore Marc Bloch qui répond le mieux à cette question: parce que l’histoire, c’est « la science des hommes dans le temps ». C’est une discipline incarnée, qui met l’homme et son action au coeur de ses préoccupations. Et qui cherche à comprendre, non à juger. Faire de l’histoire, c’est chercher à mieux connaître et comprendre ses semblables. C’est aussi chercher à comprendre comment vit une société. Et cela est aussi hautement politique. 

Et comme pour tout historien, cela a forcément un lien avec mon histoire familiale et sa mythologie, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que mon sujet de prédilection a été la Seconde Guerre Mondiale.

Mais faire ce métier toute une carrière n’est-il pas à la longue ennuyeux ou plutôt rébarbatif ? Qu’est-ce qui après plusieurs années vous plaît toujours autant dans ce métier ? 

Prof, ça ne peut pas être ennuyeux, si on le fait avec envie. Parce que tous les jours, tu affrontes 35 paires d’yeux, 35 corps en mutation et 35 cerveaux préoccupés par bien autre chose que la question des hérésies dans la chrétienté médiévale. Le challenge est donc quotidien, de réussir à intéresser ces élèves, à les emmener là où tu le souhaites et à les faire progresser. 

Ce n’est pas rébarbatif non plus, parce que chaque année t’amène de nouvelles têtes (collègues comme élèves), de nouveaux projets et qu’il ne tient qu’à toi de changer tes cours d’une année sur l’autre si tu t’ennuies en les faisant.La seule chose rébarbative à souhait, c’est de corriger des copies. Parce que là tu lis 35 fois la même chose, pas forcément toujours bien écrit et que tu te retrouves confrontée aussi aux limites de ton travail, surtout quand les copies sont mauvaises.

Ce qui me plaît justement dans ce métier, c’est le défi quotidien, l’interaction avec des ados qui ne te laissent rien passer et t’obligent à te remettre en question, les relations humaines que tu tisses avec tes élèves. 

C’est de me demander comment rendre « fun » (ouh, le gros mot) un truc à mille lieux des préoccupations d’un ado de 15 ans, c’est me demander comment aider Untel à comprendre ce qu’argumenter veut dire et comment convaincre Unetelle que l’école peut servir à quelque chose.

Ce qui me plaît dans ce métier finalement, c’est quand je vois la petite ampoule s’allumer au dessus de la tête d’un élève, celle qui dit « ça y est, j’ai compris » / « ah en fait c’est lié » . Pour cette petite ampoule, je déplacerais des montagnes.

Par contre, quand tu fais ce métier à 100%, il est épuisant. 
Parce que si tu veux (et à mon sens, tu ne peux que le vouloir), être en empathie avec tes élèves pour réussir à les faire adhérer et donc progresser, ça te bouffe toute ton énergie et parfois, ça te met le moral à zéro parce que tu rates plus souvent que tu ne réussis. 

Parce qu’avec des ados, tu ne triches pas (tu bluffes à la rigueur, sur des sujets que tu maîtrises mieux qu’eux, et encore…). 

Parce que si tu n’as pas confiance en toi (une heure, un jour ou un moment de ta vie), ça peut vitre devenir l’enfer, tant chaque remarque, attitude, soupir des élèves peut te renvoyer à tes propres failles.

Parce que pour ne pas t’ennuyer et ne pas ennuyer tes élèves, tu cherches à te renouveler et que ça te bouffe toutes tes soirées ou presque pour des élèves qui ne te diront pas beaucoup merci et c’est normal car ils ont 15 ans et ils ne voient pas toujours le boulot derrière. Et s’ils le voient, ils ne savent pas toujours comment te dire merci.

Parce que l’institution, énorme, a une très faible réactivité aux idées ou actions nouvelles. Qu’elle est très infantilisante pour ses enseignants, à qui elle fait très peu confiance. Qu’elle ne permet pas aux enseignants de déployer la masse de leurs talents et de leurs idées.
Voilà, c’est une vision forcément subjective et partielle du métier. Je crois qu’elle rejoint néanmoins en partie celle de Julie Van Rechem (aka @Chouyo) qui en parle bien mieux que moi dans son livre Prof jusqu’au bout des ongles . C’est selon moi un des rares livres qui soit fidèle et nuancé sur ce qu’être prof veut dire. 
Je ne crois pas qu’on puisse être prof à 100% toute sa vie. En tout cas, moi je ne le peux pas. Et je n’ai pas envie de l’être  à 75% ou de finir aigrie. Ca pose donc la question de la suite. A la rentrée prochaine, j’entamerai ma 10e année de titulaire. Je crois qu’un cycle s’achève. Il faut réfléchir à la suite. Où, comment, pour faire quoi? 

Finalement, les questions sur l’orientation ne sont pas l’apanage des grands ados de 17 ans 🙂

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