« Dans ma classe » ou comment le numérique m’a aidé à être la prof que je voulais être. 

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9 novembre 2015 par lesactualiteshistoriques

Loin de moi le fait de vouloir nourrir la guerre pedagogico-scientifique qui fait rage actuellement  mais de fait, en déroulant ma timeline Twitter, je fais le constat que je ne me retrouve que partiellement dans ce qui est présenté quant à la façon de faire cours, en particulier quand il s’agit de l’utilisation du numérique. Non pas que je ne retrouve pas certains de mes usages mais plutôt qu’à chaque lecture de billet ou de tweets, j’en viens à remettre en cause mon capital d’estime de soi professoral, qui est déjà très fluctuant selon les jours. 

Quand je lis des billets qui expliquent comment des collègues mettent en place toute une pédagogie d’autonomisation de l’élève avec plans de travail, capsules, îlots et diffusent tout cela sur le web, je me dis que je suis une bien piètre enseignante, moi qui ne pratique pas cela de façon systématique. 
A l’inverse quand je lis des tweets (plus souvent que des billets, je dois pas suivre les bons blogs 🙂 de gens criants à la mort de la civilisation parce qu’un enseignant a fait une faute d’orthographe, ne maîtrise pas sur le bout des doigts la chronologie de la guerre des paysans en Allemagne ou ne parle pas un traitre mot de latin, je me dis que je suis une bien piètre enseignante qui ne connaît aucun mythe de l’Antiquité ni la chronologie des Rois de France par cœur. 
Et puis je me suis dit qu’il y en avait marre de toujours se déconsidérer, de voir le verre à moitié vide et que je n’étais certainement pas la seule à avoir de plus en plus de mal à ouvrir Twitter en ce moment parce qu’au lieu d’y trouver un espace où me ressourcer en tant que prof, je n’y trouvais plus qu’un espace de culpabilisation et de conflit. 
Alors voilà, parce que je rêve de classes ouvertes où on pourrait passer une tête, je vais vous ouvrir les miennes et vous raconter ce que j’y fais, avec des tablettes, du numérique mais pas que!

Présentons d’abord le cadre: j’enseigne en lycée, à des sections binationales mais aussi à des classes « traditionnelles ». J’ai donc un public très varié, on a de la classe « CAMIF » ( vous savez, ces méchants enfants d’enseignants qui ont fait couler de l’encre récemment 🙂 mais pas que, loin de là, surtout en seconde. 

Ne nous leurrons pas, en lycée général, n’en déplaise à tous ceux qui se lamentent de la chute du niveau, de la perte des valeurs et autres joyeux laïus déclinistes, un tri a été fait et les élèves qui arrivent dans nos classes sont rarement en rejet total de la chose scolaire, comme cela peut l’être au collège pour certains. C’est encore plus vrai en section binationale où là les élèves sont parfois trop accoutumés à la chose scolaire même :-). La question de la motivation se pose par exemple pour moi sous un angle différent. Celle des contenus aussi, car les programmes sont très lourds avec des attendus lexicaux très importants en section binationales notamment. 

Comment j’ai conçu mon enseignement à partir de cela? Et pourquoi avoir choisi de m’investir dans le numérique?

  • Le numérique est d’abord pour moi un outil d’émancipation de l’élève. Il lui permet de disposer de ressources (choisies par moi ou cochoisies) et d’outils (le plus souvent trouvés par eux) pour apprendre et mettre en œuvre les apprentissages. Il  permet donc de réaliser cette autonomie que tant appellent de leurs vœux mais que trop peu mettent réellement en œuvre pédagogiquement 
  • Le numérique est un outil de collaboration: collaboration entre élèves et collaboration élève-enseignant. En lycée, le volet compétition est très fortement marqué, avec la barrière de la sélection par le supérieur à l’issue de la Terminale. Si beaucoup de collègues déplorent cela, peu passent le cap de favoriser d’autres modes de travail en classe, par manque de formation, par peur de ne pas finir les satanés programmes, etc…De même, en lycée (en tout cas dans 3/4 de ceux où je suis passée), le prof reste dans sa position de maître et tient à garder une réelle distance avec les élèves. Pour moi, ceci est inconcevable, non pas que je veuille pas d’une certaine distance mais je pense que le respect et l’autorité ne tiennent pas principalement de la distance que l’on met. 
  • Le numérique est un outil de simplification: l’enseignement est un domaine où beaucoup de tâches sont répétitives, où l’on brasse beaucoup de protocoles (même si beaucoup refusent ce terme, une fiche de préparation ou une fiche méthode, c’est une forme de protocole). Le numérique me permet d’automatiser ou à tout le moins de simplifier certaines tâches et d’organiser ma production pédagogique et de la mettre facilement à disposition des élèves si besoin. 
  • Le numérique est un outil d’expérimentation: La possibilité offerte par le numérique de dupliquer facilement et à l’infini une production permet de travailler avec les élèves sur l’erreur comme facteur de réussite et de sortir du fantasme de la perfection. Mais le numérique ne favorise pas l’expérimentation uniquement en lui-même mais aussi en ce qu’il permet de garder trace de toutes les expérimentations (photos, enregistrement, tweets…) et donc finalement de tenir un carnet de bord de sa pratique enseignante. 

Une fois ces bases posées, vous allez me dire que c’est bien beau ce gloubi-boulga pedagogo (NDLR: c’est une insulte sur Twitter, on s’amuse bien entre profs hein 🙂 Et dire qu’après ça ira critiquer le manque de maturité des élèves…) mais qu’est ce que ça donne EN VRAI ??? Ben ça donne ça:

  • Mes élèves ont tous mon adresse mail et peuvent m’écrire même le WE (certains collègues-beaucoup en fait-refusent de donner leur mail autrement que sur l’ENT, qu’ils ne consultent pas le WE…)
  • Dans ma classe, les élèves ont accès à un Google Drive (oui je sais, Google c’est le mal, comme Apple 😍) sur lequel ils peuvent télécharger des documents mais aussi en déposer. L’an dernier, les Terminales se sont ainsi échangé des discours pour préparer le bac, les secondes ont travaillé sur un projet d’AP collaborativement. 
  • Sur chaque plan de cours, il y a un QRCode qui donne accès à des ressources listées sur Padlet. Celles-ci sont particulièrement fournies en Terminale où je fais cours en classe inversée 
  • Dans les sections binationales, les élèves coconstruisent les listes de vocabulaire à chaque chapitre, via Google Doc et Google Drive. Dans les autres classes, on fait aussi de l’écriture collaborative pour travailler certains chapitres ou bouts de chapitres. 
  • Dans ma classe, on a le droit de sortir son téléphone: pour prendre le tableau en photo quand on est en retard, pour continuer en classe un travail pour lequel on a pris des notes numériquement, pour enregistrer de la voix. Moi j’ai toujours ma tablette et mon smartphone sur le bureau, je prends les cahiers des élèves en photo, on les annote, on les commente.
  • Dans ma classe, on joue souvent : au journaliste, au député, au stratège de la guerre froide. Et on s’enregistre, via Adobe Voice, via Garage Band…

Mais dans ma classe on fait aussi:

  • Des compositions sur du papier (même avec des stylos-plumes, donc c’est bon, je suis pas un danger pour l’EN) 
  • Du cours dialogué (pour les novices, c’est ce truc factice où le prof pose des questions et c’est toujours les trois mêmes élèves qui répondent et ensuite toute la classe copie 🙂
  • Du cours magistral où j’imite De Gaulle, je clashe Napoléon et j’explique la gentrification
  • Des croquis avec des crayons de couleur et du feutre
  • Des digressions très régulières sur l’actualité et des débats improvisés  (le dernier datant de vendredi avec mes Secondes)

Bref, dans ma classe, j’essaie surtout de faire en sorte qu’on ne s’ennuie pas, qu’on y vienne avec plaisir, qu’on y trouve du sens et qu’on en sorte grandi. Je dis pas que le numérique permet cela automatiquement , je dis pas que je réussis pas à chaque fois, loin de là mais ce que je vois, c’est que depuis que le numérique me permet de mettre en œuvre beaucoup plus facilement la philosophie éducative qui est la mienne et qui , je crois, est une des clés  qui peut nous permettre de sortir vers le haut du déclinisme à tout crin. Alors tant pis si ça fait grincer des dents , les élèves en tout cas, ça n’a pas l’air de leur déplaire!

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