Si au moins j’ai pu les aider à être heureux…

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25 juin 2013 par lesactualiteshistoriques

Le plus souvent, à la fin d’une journée de classe, je me dis que je suis une mauvaise prof ou à tout le moins, une prof médiocre, une prof lambda (estime de soi, quand tu nous tiens…). Il y a des tas de petites choses qui me tiennent éloignées de la prof parfaite comme:

– Le fait que je ne remplis pas mon cahier de texte, ni pour moi-même (ma mémoire d’éléphant me suffit à savoir où j’en suis et ce qu’on a fait / va faire), ni pour les élèves sur l’ENT (Environnement Numérique de Travail pour ceux qui auraient quitté l’école avant 2005…). Bon, je me donne bonne conscience en me disant que de toute façon, les élèves ne regardent jamais le cahier de texte hein mais je suis pas sûre que ça suffise comme justification aux yeux d’un inspecteur ou d’un chef d’établissement.

– Ma propension à promettre des trucs aux élèves et à oublier aussitôt rentrée à la maison (mémoire d’éléphant certes, mais sélective, faut pas déconner!). Combien de fois je me suis retrouvée en début d’heure à dire: « Ah oui, j’avais promis de t’envoyer un mail / de te le photocopier / de t’apporter un bouquin » (rayer la mention inutile) et à essayer d’inventer une excuse bidon pour justifier l’absence du susdit mail / papier / bouquin…

– Mon incapacité à corriger des copies en moins de deux semaines: Bon pour ça, j’ai une vraie excuse, elle a deux bras et deux jambes et réclame pas mal d’attention…Avant, quand j’avais pas d’enfant (et une vie sociale dense accessoirement), je me gaussais, voire critiquais ces profs incapables de rendre leurs copies dans des délais raisonnables, tenant de grands discours sur l’ineptie pédagogique qui consiste à rendre un devoir 3 jours avant de faire le suivant. Maintenant, pour me dédouaner, je tiens des grands discours sur l’ineptie de l’évaluation notée et privilégie dès que je peux oraux et travaux de groupe (non mais au-delà de la plaie de la correction de copies de 6 pages chacune, j’ai des vraies raisons pédagogiques hein…)

– Mon incapacité à finir le programme: Là encore, jeune prof, je me gaussais de ces vieux profs d’histoire, collier de barbe et pipe au bec, qui attaquaient le troisième chapitre sur douze au mois de mai…Maintenant, si je finis le programme en Terminale, pour les autres niveaux, c’est un peu plus compliqué. Non pas que je veuille trop en dire, c’est juste que si tu veux être un peu innovant et ludique et ne pas perdre la moitié de la classe en route, je vois pas comment tu peux finir les programmes aujourd’hui? (Si certains ont la solution hein…)

Il y aurait pleins d’autres moments ou choses qui me font dire que je ne suis pas la prof que je voudrais être, ou celle que les livres de pédagogie nous incitent à être et où je m’interroge sur le sens de mon métier.

Et puis il y a les moments de grâce, ceux où tu te dis que tu es définitivement à ta place, que tu as servi à quelque chose, que peut-être après tout, tu as transmis quelque chose, et que si ce n’est pas de l’ordre du savoir, au moins c’est de l’ordre de l’apprentissage de la vie…Comme par exemple quand:

– Les élèves te font des cadeaux personnalisés, accompagnés de petits mots d’une telle gentillesse que tu ne sais plus où te mettre…Cette année, j’ai eu droit à des boucles d’oreilles, des photos, me confirmant par là que tout ce qu’on dit ou fait en classe est observé, mémorisé…Même quand on dit ou fait des bêtises!

– Quatre des mes élèves sont pris dans une formation exigeante et me remercient, de vive voix, par téléphone en me disant que c’est un peu grâce à moi, alors que c’est beaucoup grâce à eux…

– Je trouve dans mon casier un petit mot d’élève que je n’ai eu qu’une année (et pas cette année), juste pour me souhaiter un bon congé maternité.

– Une ancienne élève m’envoie un mail où elle me dit qu’elle a pensé à mon cours en allant au cinéma voir « Hannah Arendt ».

Ce sont de petites choses, parfois il s’agit juste d’un bonjour enjoué, d’un « portez vous bien » à la fin d’un mail, d’un sourire d’un élève croisé dans les couloirs mais toutes ces petites choses sont pour moi bien plus essentielles que de savoir si mes élèves savent qui est Konrad Adenauer ou ce qu’est le modèle de développement en vol d’oie sauvage. Bien sûr, il est essentiel de transmettre connaissances et compétences mais pas au prix de la désincarnation et de la déshumanisation. Entre les deux, j’ai fait mon choix et à tout prendre, je préfère qu’ils aient été heureux et épanouis de venir en cours plutôt que des singes savants déprimés!

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Une réflexion sur “Si au moins j’ai pu les aider à être heureux…

  1. SB dit :

    Et si vous aviez raison ?

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