Le développement durable, Yann Arthus-Bertrand et les galas de danse

2

15 août 2012 par lesactualiteshistoriques

Après 3 semaines de vacances, vous excuserez (ou pas) le caractère un peu décousu de ma pensée, et donc de mon propos 😉

Il y a 2 semaines, en écoutant les programmes d’été de France Inter (restons dans le cliché, les enseignants écoutent France Inter ou France Culture à la rigueur…), je suis tombée sur cette émission de Caroline Fourest, intitulée « Ils changent le monde ». Déjà, ça commençait mal, parce que Caroline Fourest, elle commence à devenir le Christophe Barbier féminin, on la voit partout, elle a un avis sur tout, ça finit par être irritant…Mais là, cerise sur le gâteau, l’invité était Yann Arthus-Bertrand. Je me suis crue maudite. Ca faisait 2 fois en moins d’un mois que je devais subir le baratin ésotérico-écolo du pape photographique du développement durable. Je ne vois qu’une seule explication: je suis punie pour avoir été chasseur d’ours polaire dans une autre vie… Je vous explique parce que là, ça doit pas être clair…

Depuis que je vis dans le périurbain, quelque part dans une province perdue, je fais de nombreuses découvertes, pas toujours très heureuses… Soucieuse de me sociabiliser et de m’intégrer à la vie locale et plutôt du genre « toujours partante », j’ai donc dit oui quand ma voisine d’en face (un office du tourisme à elle toute seule tellement elle connaît de trucs dans le coin!), sorte de Saint Bernard du quartier (je pense qu’on peut compter sur les doigts d’une main ses amis n’ayant ni problème de santé, ni difficultés psychologiques voire psychiatriques…) me proposa  d’aller à un spectacle de danse le 2 juillet, me certifiant, avec la bonne humeur et le dynamisme qui la caractérise que « je n’allais pas le regretter »… Ah ben oui, ça je l’ai pas regretté…

A 12€ la place, j’aurais donc du sentir le piège venir, surtout quand 12€, c’est le tarif plein…Et c’est comme ça que je me suis retrouvée un lundi soir, dans une obscure salle de spectacle de banlieue, à assister au gala de danse de l’association locale, autour du film Home de Yann Arthus-Bertrand. Mon pire cauchemar! Enfin, ça aurait pu être pire, j’aurais pu finalement me retrouver à l’élection de Miss Bière, qui aura lieu au même endroit, début septembre…

Vous allez me dire: « Non mais t’es pas très charitable, tout le monde ne peut pas être Boris Charmatz et il faut bien commencer quelque part »…Bien sûr, moi aussi j’ai fait de la danse et si mon fils avait été sur scène, j’aurais trouvé ça tout mignon. Ce qui m’a insupporté, ce ne sont pas les danseurs, c’est l’espèce de truc politique dans lequel ils se sont retrouvés fourrés, à savoir danser pour un mot d’ordre culpabilisant et fourre-tout (et accessoirement, sur des musiques vraiment nulles…). Le développement durable, j’en bouffe déjà toute l’année dans le programme de géographie de Seconde, c’est pas pour en plus en reprendre une louche quand arrivent les vacances.

Loin de moi la volonté de contester l’état lamentable dans lequel se trouve la planète, ce que je conteste, c’est tout à la fois la dimension géographique d’un tel concept et l’usage propagandiste qui en est fait dans l’Education Nationale, permettant d’ailleurs à Yann Arthus-Bertrand de se faire de l’argent (ou à tout le moins de la pub) sur le dos du contribuable à travers sa fondation Goodplanet, sponsorisée par des entreprises plus soucieuses de réputation environnementale que de réflexion sur la viabilité de notre modèle de société. Je m’explique, parce que je pense qu’arrivés à ce point de mon développement, certains ont décroché…

Le développement durable, pour faire simple, c’est selon le rapport Brundtland « le développement qui répond aux besoins des générations actuelles sans compromettre ceux des générations futures ». Il s’agit donc de préserver l’avenir. Outre le fait que, comme le dit Yvette Veyret, ce développement doit se déployer à l’échelle mondiale (et tout le monde sait bien que franchement, les sommets internationaux, ça ne fonctionne que quand ça a le temps), il n’interroge pas les fondements même du développement, à savoir la croissance de la production et il conduit à une culpabilisation croissante dans les pays industrialisés tout en ne proposant aucune réelle réflexion sur des possibilités de changement réel de la société.

C’est là-dessus que joue Yann Arthus-Bertrand, ce new-born ecologist, qui est finalement à la sauvegarde de la planète ce que l’Abbé Pierre fut à la défense des pauvres: un homme de salon, dépolitisé, diffusant partout sa bonne conscience et sa philosophie de la responsabilité individuelle qui exonère la société et la sphère politique d’une réelle réflexion sur les enjeux environnementaux. Moi je veux bien couper l’eau du robinet quand je me lave les dents, utiliser de la lessive écologique, prendre le train plutôt que ma voiture et toutes la litanie des BA écolos mais à quoi ça sert si quelques grandes firmes multinationales peuvent s’exonérer de tout engagement (hormis la création d’une fondation, summum de l’hypocrisie), si la moitié voire les ¾ de ce que je consomme continue d’être produit dans des pays qui ne peuvent ou ne veulent respecter des standards écologiques, économiques et sociaux dignes de ce nom, tout ça parce que tout le monde veut pouvoir acheter beaucoup et moins cher (dixit la fille qui voudrait changer de garde-robe à chaque saison…Contradiction, quand tu nous tiens…)

J’en ai plus que marre de devoir, chaque rentrée, me faire l’apôtre auprès des élèves d’un programme qui parle d’agriculture durable, de gestion durable de l’eau, des énergies, de l’Arctique, des villes ou encore des littoraux et qui fonctionne, comme pour la mémoire de la Shoah, sur le ressort de l’émotion et non de la raison. La Terre vue du Ciel, c’est beau certes mais combien de gens qui ont acheté le livre, se sont extasiés devant les photos continuent à ne pas trier leurs déchets ou à acheter des nuggets de poulets élevés en batterie? Je ne leur jette pas la pierre, on en est tous là et quand vous gagnez le SMIC ou moins par mois, je me doute qu’il y a d’autres priorités mais on voit bien qu’en continuant de fonctionner sur ce registre-là, on ne peut être dans le changement de long-terme.

Mais me direz-vous (rayez la mention inutile): « Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne font pas d’erreurs / Lui au moins, il a le mérite de tenter quelque chose / Mais il ne tient qu’à toi de l’enseigner de façon critique / Quand est-ce qu’on mange? ». Je ne prétends pas donner des leçons de bonne conscience écologique à quiconque, chacun (enfin l’espère) essaie de faire ce qu’il peut avec ce qu’il a, que ce soit planter un potager, s’inscrire dans une AMAP, limiter ses voyages en avion ou ses achats chez H&M ou encore refuser de vivre dans une maison en périurbain car trop consommateur en énergie…Là où ça se complique, c’est quand on se met à croire et à dire que seule cette échelle individuelle peut nous « sauver ».

Alors bien sûr, en tant qu’enseignante, j’essaie de démontrer (je tente, je ne suis pas sûre du tout de réussir)  que ces questions environnementales se jouent à différentes échelles sur lesquelles nous n’avons pas toujours de prise, qu’elles ne posent pas uniquement des problèmes géographiques mais aussi philosophiques, éthiques, politiques…Et c’est pourquoi j’aimerais que plutôt que de nous proposer du prêt-à-penser sur un sujet essentiel, on ait plutôt eu l’obligeance  et l’humilité de se limiter au constat d’une situation complexe, sans nous proposer une société idéale pour demain…Faire comprendre aux élèves qu’en tant que futurs citoyens, ils portent une part de responsabilité dans les choix à l’échelle planétaire, européenne, nationale ou régionale, je veux bien, même si ça passe par leur faire comprendre que leur I-phone, leur jean Kaporal 5 (fabriqué en Asie ou au Maroc) ne sont pas franchement eco-friendly…Mais participer de la diffusion d’un message catastrophiste culpabilisant auprès d’ados qui n’ont rien demandé et qui ont la vie devant eux, non, franchement, c’est non! Finalement, j’ai l’impression parfois que ce qu’on nous demande de faire auprès de nos élèves, c’est comme le chante Tryo en cette rentrée, du greenwashing. Et ça, c’est quand même le summum de l’hypocrisie…

Publicités

2 réflexions sur “Le développement durable, Yann Arthus-Bertrand et les galas de danse

  1. Cilce dit :

    Avec mon staut SIlver chez Flying Blue (grade de looser dans la communaite des expats! Le platinium etant le seul valable 🙂 ) attestant que j’ai bien mes 15 vols annuels (dont 6 au moins de plus de 10000 kms) et mon boulot en Chine au sein d’une entreprise qui compte plus d’une fondation, je n’atteinds meme pas le seuil de la remise en question individuelle! 🙂
    Mais vu que je ne me brosse les dents qu’une fois par jour, j’economise au moins de l’eau!
    Et en +, j’ai horreur des nuggets !

  2. Mariléti dit :

    « le baratin ésotérico-écolo du pape photographique du développement durable »
    Alors là je pose mon cône au chocolat et j’applaudis ! Peux plus le sentir non plus le YAB !

Commenter ce post

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :